Autant que faire se peut, j’essaie de donner les consignes sans parler, avec des gestes, cela donne une qualité d’attention au groupe. Je la donne davantage par la parole lorsque je dois apporter une précision.
Repréciser la consigne, être exigeant :
Dans le cas présent, la quantité d’énergie est l’un des moteurs de l’exercice.
Le respect de cette quantité d’énergie est la condition sine qua non pour permettre à la créativité d’émerger. C’est lorsque participants sont concentrés sur la précision de cette quantité d’énergie à mettre dans la frappe des mains, qu' autre chose va pouvoir émerger, lorsqu’ils sont dans cette concentration-là.
Je leur reprécise donc comment imiter l’énergie et la forme :
Le fait d’imiter le geste avec le plus grand respect, en reproduisant, le plus précisément possible, la quantité d’énergie qu'il contient, va permettre à la forme que prend ce geste, ce mouvement, de s'altérer.
Ce qui est très important, c'est que cette altération ne doit pas provenir de décisions individuelles ou d' idées, mais du fait que le mouvement passe au travers de nos corps, au travers de nos propres altérités.
Ce n’est qu'à cette condition que le mouvement va pouvoir nous surprendre et nous porter sur des terrains inconnus…
Etre à l'écoute des réactions qui peuvent faire évoluer l'exercice :
Karen éclate de rire parce qu’elle ne s’attendait pas à la manière dont Julien négocie son tapement de main. Louise ne s’attendait pas au rire de Karen, elle reproduit le battement de main. Je l’invite à imiter le rire de Karen, puisque l’exercice consiste à imiter la forme qui surgit et pas simplement le battement de main.
La quantité d’énergie va aussi se modifier d’elle même “naturellement”. Il y a des accidents, des aspérités dans la frappe et c’est la source du jeu, il y a des fou- rires, du souffle, et ce sont ces choses qui surgissent qu’il s’agit d’imiter.
Rester vigilant face à l'inertie du mécanisme de répétition
Je note ces choses en les nommant et je stoppe l'exercice au bout d’un moment car les participants se sont fait piéger par le mécanisme répétitif d’un mouvement. Je me remets dans le cercle et j’arrête le processus pour expliquer ce qui s’est passé. Je leur explique : ça ne se fait pas automatiquement. Il faut resserrer les vis, quand on est pris dans la mécanique, il y a un phénomène d’inertie qui se produit. Si l’on n’a pas assez de précision dans la reproduction du rapport forme/énergie, on reproduit alors le geste mécaniquement et tout le monde finit par s’ennuyer.
Comprendre les attitudes des participants pour les orienter avec tact
J’observe que Jean Paul interprète la consigne à plusieurs reprises. Il s’approprie le mouvement de l’autre en en changeant le sens et l’intention. Je me demande comment et si je dois intervenir car je perçois qu’il agit ainsi pour se rassurer sur sa créativité. Je lui demande d’essayer d’entrer davantage dans la nature de la proposition de l’autre.